La construction psychique

Julianna Vamos, psychanalyste et membre fondateur de l’Association Pikler Lóczy-France explique la complexité de cette organisation institutionnelle et son importance dans la construction psychique de l’enfant :

… L’organisation temporo spatiale, faite d’un alliage subtil entre soins corporels et activité libre, constitue une invention tout à fait originale. Comme le disait M. David (2002), elle est composée de science et d’art.

Les deux espaces, soins corporels et activité libre, s’enrichissent l’un de l’autre et permettent aux bébés d’élaborer leurs expériences psychiques personnelles.

Grâce à cette pratique clinique, constamment repensée et réajustée en fonction de l’enfant, la pouponnière Lóczy a relevé avec succès le pari de créer un univers relationnel collectif qui éradique les carences institutionnelles dominantes jusqu’alors tel que Spitz (1965) les avait repérées sous le terme d’hospitalisme.

À travers cet univers, pensé et organisé en permanence, où s’élaborent les rapports de dépendance et d’individuation de chaque enfant, on perçoit la découverte fondamentale de Pikler (1979) : favoriser un développement autonome sans stimulation ni interférence éducative directes de la part de l’adulte.

La mise en place du dispositif nécessaire au développement de cette activité libre et spontanée requiert beaucoup d’attention et de connaissances de la construction primaire du bébé. Le temps, l’espace et les objets choisis sont un accompagnement de cette activité qui permet à l’enfant de faire l’expérience de la reprise symbolisante de la relation avec l’adulte. Le moment des activités spontanées est choisi avec beaucoup d’attention. Il s’instaure après la satisfaction des pulsions d’autoconservation par l’adulte. L’enfant retrouve alors un espace personnel, créé pour son activité en motricité libre et spontanée…

Être libre suppose être libre de tout empiètement intrusif de l’objet. L’activité motrice libre et spontanée permet au bébé de ne pas être assujetti à l’adulte, et de faire alors l'expérience de ses capacités, de construire ses compétences, d'intégrer des connaissances et de développer sa pensée. À l’exception de la position initiale donnée au bébé à sa naissance, qui est celle du décubitus dorsal, le développement physiologique des grands mouvements s’étaye sur l’initiative personnelle de l’enfant. L’éprouvé subjectif de l’activité propre, étayée sur la liberté motrice, permet de vivre une expérience émotionnelle qui prend naissance dans l’élan pulsionnel.